Les outils de communication des gouvernants : enjeux archivistique, technologique et démocratique.

La gestion & préservation des archives à de tout temps été liée à l’exercice du pouvoir et contre-pouvoir, éléments essentiels des régimes démocratiques. Les archontes de l’Athènes antique, qui partagent leur étymologie avec le terme archives, se devaient de conserver les traces de leur magistrature. Ces traces produites par les gouvernants, et leurs administrations, se sont multipliées au cours des siècles produisant toujours plus de contenu nécessitant le développement de l’archivistique ; science permettant d’identifier les informations engageantes, de les collecter, les préserver et les rendre accessibles.

Avec la révolution numérique que nous vivons depuis plusieurs années, ces traces revêtent de nouvelles formes et posent un grand nombre de nouveaux défis aux gestionnaires de l’information. La question des réseaux sociaux a par exemple été très rapidement soulevée : savoir si et comment une institution pouvait collecter et préserver les posts et interactions de compte des dirigeants. Les archives nationales américaines, National Archives & Records Administration (NARA), ont par exemple pris le parti de conserver les comptes Twitter des présidents des Etats-Unis. L’administration a pu récupérer l’entièreté du contenu et modère aujourd’hui le compte POTUS44 (https://twitter.com/potus44) qui était celui utilisé par Barack Obama lorsqu’il était en fonction. Le parti pris ici était donc de créer et récupérer un compte de fonction, mais quelle attitude adopter lorsque la personne en fonction ne « joue pas le jeu » ? L’exemple Donald Trump a en effet remis en question cette approche et pose de nombreuses questions sur le statut de ces communications (archives privées ou publiques), sur le cadre juridique ou encore la pratique pour collecter et préserver ces informations.

La frontière entre outil de communication personnel et outil de fonction a également été sous-jacente dans plusieurs cas relevé dans la presse en Europe. Plusieurs cas de politique générale ont posé la question de la collecte et le partage des contenus des téléphones et des sms de gouvernants.

· Suite à la pandémie de COVID-19 et les campagnes de vaccination, la présidente de la Commission Européenne, Ursula Von der Leyen, avait été sommée de partager des échanges SMS qu’il a eu avec le patron de la firme pharmaceutiques Pfizer. https://www.rtbf.be/article/ursula-von-der-leyen-na-pas-publie-ses-sms-a-pfizer-une-opacite-si-grande-de-la-commission-cest-du-jamais-vu-10924340

· Au Pays-Bas, le premier ministre Marc Rutte a lui été aussi remis en question pour la suppression de l’ensemble de ses messages sur son téléphone.

https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2022/05/19/gewiste-sms-berichten-mark-rutte-niet-meer-te-achterhalen/

· Le dossier des Uber Files a révélé les pratiques de lobbying de la société américaine avec de nombreux dirigeants. En Belgique, les liens et échanges entre Pascal Smet, secrétaire d’Etat à la Région Bruxelloise, ont notamment posé question et les sms échangés auraient pu éclairer les citoyens et renforcer la transparence démocratique.

https://www.lesoir.be/453616/article/2022-07-12/uber-files-la-troublante-complicite-de-pascal-smet-avec-uber

Au même titre que la séparation des pouvoirs, la souveraineté du peuple et l’évaluation des gouvernants par les citoyens sont des fondements de tout régime démocratique. Pour exercer cette évaluation du pouvoir, la transparence et la collecte des traces des décisions et actions des gouvernants sont essentiels. Les institutions d’archives publiques ont été créé, entre autres, pour répondre à cet objectif. Les pratiques des professionnels de l’information ont toujours évolué en suivant les nouvelles méthodes de partage de l’information pour permettre de préserver au mieux et rendre accessible, sous contrôle, les documents. La collecte et la préservation des contenus de SMS ou de messageries telles que WhatsApp ou Telegram, voire encore les posts sur les réseaux sociaux sont des nouveaux médiums que les archivistes doivent apprivoiser.

Mais au-delà des questions méthodologique ou technologique, les législateurs doivent eux-mêmes aussi s’emparer de cette question pour définir les règles. Cette question, d’apparence anodine des sms, fait écho à la question de la préservation des archives de cabinets en Belgique ou encore à la déclassification automatique de certains contenus.



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