La semaine internationale des archives traite cette année de la vaste thématique “Archives pour la Justice”. L’un des 5 aspects développés par l’ICA autour du sujet se nomme “Archives pour l’inclusion” et concerne “l’accès, la participation et l’autonomisation des communautés. Il met l’accent sur les approches participatives, les initiatives communautaires et l’inclusion des systèmes de savoir autochtones, tout en remettant en question les pratiques excluantes et en promouvant une gestion partagée.
Ces dernières années, le Carhif a expérimenté différentes formes de participation autour de ses collections. Nous revenons ici sur deux de ces expériences.
Projet « 50 ans de mémoire féministe » (2018-2020)
En 2018, le Centre d’archives et de recherches pour l’histoire des femmes a lancé le projet « 50 ans de mémoire féministe en Belgique », consacré à la collecte du matrimoine féministe des années 1970 à nos jours. Ce projet s’est déroulé parallèlement à la préparation de l’exposition sur le féminisme des années 1970 intitulée « Libérer les femmes, changer le monde », inaugurée début 2020 au musée BELvue.
Le projet de collecte s’est articulé autour de différentes étapes : un appel à la sauvegarde des archives (des années 1970 à nos jours), un volet consacré à l’histoire orale et des journées d’échanges intergénérationnels.
L’appel à la collecte d’archives, adressé aux personnes actives dans des associations féministes créées à partir des années 1970, a permis de recueillir 27 nouvelles acquisitions (9 fonds francophones et 18 fonds néerlandophones).
Le volet consacré à la collecte de la mémoire orale a ciblé exclusivement la partie francophone du pays et s’est construit selon une approche participative. Les militantes actives dans les années 1970 ont réalisé des entretiens croisés. Afin de les préparer à cet exercice, elles ont bénéficié d’une brève introduction aux techniques de l’histoire orale et une grille d’entretien a été élaborée au préalable. À la suite d’une première série d’enregistrements exclusivement audio, de nouveaux entretiens ont été réalisés avec un groupe plus restreint de militantes. L’objectif était de produire de courtes capsules vidéo destinées à un large public. Au total, 17 témoignages audio ont été recueillis et une dizaine de capsules vidéo d’environ cinq minutes ont été réalisées. Ces dernières ont été diffusées en ligne (chaîne YouTube du Carhif) et utilisées dans l’exposition « Libérer les femmes, changer le monde ».
En 2019, deux journées d’échanges ont été organisées, l’une en néerlandais et l’autre en français. Elles avaient pour objectif de favoriser la transmission des savoirs entre différentes générations et de sensibiliser le public à la conservation du matrimoine féministe. Lors de la journée francophone, plusieurs activités étaient proposées : une cartographie des activités et lieux féministes sur des plans de ville, un arpentage (lecture collective) du Petit Livre rouge des Femmes (1972), ou encore la possibilité de nous confier un témoignage sous la forme d’un enregistrement sonore (en partenariat avec l’association Bruxelles nous appartient). La journée s’est clôturée par une table ronde intergénérationnelle consacrée aux mobilisations féministes, à la transmission de ces histoires et à l’importance de la conservation des archives liées aux luttes féministes.
« La transmission d’un matrimoine féministe » : 50e anniversaire de la première Maison des femmes (2024)
Quelques années plus tard, en 2024, le Carhif a organisé une journée de transmission intergénérationnelle à l’occasion du 50e anniversaire de l’ouverture, le 11 novembre 1974, de la première Maison des femmes en Belgique située au 79, rue du Méridien à Bruxelles.
La journée s’est déroulée en deux temps. La matinée a commencé par une introduction sur le projet et une courte lecture en arpentage du roman Dis Marie : c’était comment rue du Méridien 79 ?[1], dans lequel Marie Denis retrace son vécue dans lequel Marie Denis retrace son vécu dans ce lieu emblématique d’expérimentation féministe. Marie Cabadi (doctorante à l’Université d’Angers) replacé la Maison des femmes de Bruxelles dans un contexte plus large, en évoquant des initiatives similaires en France et en Angleterre. Ensuite, trois tables rondes réunissant des intervenantes de différentes générations ont abordé la transmission féministe à travers des thématiques suivantes : l’importance des espaces de non-mixité choisie, les violences de genre, et les savoirs, les arts et les médias féministes.
La seconde partie de la journée était participative et proposait trois ateliers : un atelier de création de fanzines, un atelier d’arpentage et un atelier de chant. Pour clôturer la journée, les participant·es se sont rendu·es en cortège à l’ancienne adresse de la Maison des femmes, afin d’y poser une plaque commémorative. Cette activité était organisée par l’Architecture qui dégenre et Nom(s) peut-être. L’année suivante, la commune de Saint-Josse-ten-Noode, partenaire du projet, y a installé une plaque permanente.
Dans le but de valoriser l’histoire de la Maison des femmes, 79 rue du Méridien, nous avons également réalisé une brochure vulgarisant, intitulée C’était quoi la Maison des femmes de Bruxelles ? 79 rue du Méridien entre rêve et réalité (1974-1979). L’objectif était non seulement d’informer, mais aussi de transmettre les traces et les témoignages relatifs à cette initiative des années 1970. La brochure a été imprimée et est disponible en format PDF sur notre site.
Cette article est rédigée par Amandine Perzyna, archiviste au Carhif.
L’illustration de l’article est une affiche réalisée par le Carhif à l’occasion de leur cinquantième anniversaire.
[1] Denis Marie, Dis Marie : c’était comment rue du Méridien 79 ?, Bruxelles, Voyelles, 1980.